J’aurais pu commencer par là, mon maternage a trouvé ses débuts, a pris tout son sens lors de la naissance d’Anna. Je ne me sentais pas de le faire avant, je ne sais pas trop si cette rubrique est ou non privée, j’avoue que ça me gênait que ce soit lisible par tous, puis j’ai décidé que j’aurais tout aussi bien le publier sur un blog alors voilà, nos naissances à nous, deux venues au monde en structure.. mais sans rancœur, sans frustration. Je commence par Anna, tout ça remue beaucoup d’émotions je préfère espacer mes deux récits.
Anna était prévue pour le 24 juin 2005, fin mai en sortant du dernier rendez-vous mensuel, je suis habitée par une seule crainte ne surtout pas accoucher avant le 10 du mois ! Je suis encore étudiante et je tiens à clôturer mon année en juin, pas envie d’une session de rattrapage en septembre toute occupée que je serai avec un bébé ! Je passe tous mes exams, le dernier jour, le prof surveillant la salle me dit « oh je ne pensais pas te voir là, est ce que c’est vraiment ta place ? », oui, il semblerait que c’était de l’ordre du possible, malgré un ventre lourd et une petite puce qui se tourne et retourne, je n’ai pas pris le temps de pause pipi, j’ai écrit et massé mon ventre pendant trois jours sur le pupitre d’exam, c’est mon dernier souvenir d’étudiante ! J’aurai le bonheur de remonter une dernière fois les trois étages du département de sc de l’éduc pour consulter mes résultats. Papoter quelques minutes, refuser une invitation, mon bébé arrivant très prochainement.
Le 14, il me semble, le papa me téléphone la voix serrée, le cœur gros, son amie est décédée. Le 16, je me rends à son enterrement, à la cérémonie d’adieu, David est incapable de s’y rendre trop rempli de désespoir, plein d’incompréhension, de déception. Au centre de l’église, je ne peux m’empêcher de regarder ma montre, je découvre ce qu’est l’élan vif et si bref d’une contraction et des suivantes nombreuses et rapprochées. Je souris parce que je sais qu’Anna n’attendra plus, elle me fait signe de son arrivée, j’ai un sentiment très fort que son arrivée est proche, imminente, elle succèdera à Patricia.
Après la messe d’enterrement , je vais aider David au restaurant, le console, je lui fais sa plonge, m’autorise un gros goûter, au retour dans la voiture avec ma mère les contractions semblent ne plus me quitter, je ne les évoque pas à ma maman, je serre les dents. Je rentre chez mes parents, aucune envie d’être seule chez moi, (david a quitté rennes en mai pour reprendre le restaurant, il est prévu que je ne le rejoigne qu’après la naissance), je perds le bouchon muqueux à 18h30, les contractions sont très rapprochées, je ne dis rien avant d’écrire une lettre à mon amie d’enfance, je range quelques affaires de mon adolescence que je veux dans mon nouveau chez moi dès mon arrivée ! A 19h20, je demande à ma maman de me conduire à la clinique, elle est surchargée, on m’examine, le col est peu ouvert, on me demande de marcher, de revenir plus tard, la sage femme qui m’a suivie pour la préparation à la naissance est d’accord pour suivre pour mon intuition qu’Anna sera là dans la nuit, elle ne me renvoit pas chez moi, me demande juste de prendre un peu de temps, il fait très doux dehors, ma maman est stressée et moi nerveuse, je ne sais pas ce qui m’attend, j’ai peur que David n’arrive pas ! Malgré des contractions rapprochées depuis des heures, le col n’est dilaté que de 2cm lorsque l’on me réexamine vers 20H30, j’attends dans le couloir avec ma maman, qui laisse sa place à David lorsqu’il arrive vers 21h, nous attendons qu’un lit se libère, les contractions pour moi sont semblables à une douleur qui me déchire, insoutenables. A 22h30, nous entrons en salle d’accouchement, la sage femme qui m’accompagnera et une étudiante me mettent très à l’aise, elles sont douces.
Le travail de dilation est long, les contractions de plus en plus fortes, je finis par demander la péridurale, que j’actionnerai peu, elle est surtout là pour me rassurer, me donner confiance. Le papa s ‘endort, se réveille, se rendort, je ne peux me reposer mon corps connaissant pour la première fois la violence des contractions, mais je me sens étonnamment sereine.
Après un dernier tour aux toilettes en chaussettes et chemise dans le couloir (on abandonne toute fierté), je finis de me déshabiller et m’installe un peu sur le ballon, qui m’énerve, je suis bien mieux allongée, sur le côté, david me masse régulièrement, il me soutient quelle présence précieuse !
Le temps passe les contractions sont permanentes, mais la dilatation si lente, je vomis 3 fois, suis épuisée, décide d’arrêter tout ça Anna peut bien rester en moi ! Le papa est anxieux, ne m’a jamais vu souffrir, ni me plaindre, je suis agressive, j’ai plus du tout envie d’accoucher…
A 4heures, la sage femme rompt la poche des eaux, Anna est descendue, ça devrait accélérer les choses.
Au prochain passage des sages femmes, elles trouvent Anna mal positionnée, mal engagée, le monito indique une souffrance du bébé, ça me brûle, j’en peux plus. Elle appelle l’obstétricien pour l’aider à replacer le bébé, il ne viendra jamais, je parle à Anna, la rassure, lui assure que je la veux là dans mes bras, qu’elle peut descendre sans crainte..
Pourtant je perds mes moyens, mes forces, je ne sais plus rien de la respiration à adopter, je n’écoute que mon instinct, je quitte la position allongée sur le côté gauche pour me remettre sur le dos, ça me soulage, je peux me mettre plus assise et là je sens l’envie de pousser. Les mains de la sage femme font pivoter un peu Anna, je sens très vite qu’Anna est proche, mais je ne parviens pas à pousser suffisamment. Les poussées me semblent bien trop dures, je suis exténuée, vidée par la mort de P. , je ne veux pas que ma fille naisse ce jour, une aide soignante vient nous aider, on m’appuie un peu sur le ventre, on m’aide à pousser mais ce n’est plus nécessaire, assise je reprends des forces, et deux poussées plus tard, je sens les cheveux d’Anna, ses épaules suivent, la sage femme m’aide à l’amener tout contre moi, à 5h38, Anna dépose sur moi un premier très long regard, elle me dit combien je ne serai plus jamais la même, je sais à ce moment qu’il n’y a ni crèche ni étude qui tiennent elle en a décidé autrement. Elle est magnifique le teint rosé, peu de vernix, je la trouve si propre, j’aime son odeur. Petit elfe, petite princesse, petite crevette, mon joli cœur, Papa chantonne « Love, c’était son nom, un vagabond… » tu tournes ton regard vers lui, il t’a accompagné durant 8 mois ½ avec cette chanson, tu la reconnais. Anna, tu es un amour, un ange. Anna nous t’aimerons sans concession, pour toi nous serions heureux même démunis. Je la caresse, elle redresse sa tête, se blottit dans mon cou. Ne pleure pas. Je regarde mon amour, elle et lui, il est double maintenant, je m’excuse d’avoir crier, d’avoir broyer la main de david…
David accompagne Anna sur le côté de la salle pour la pesée, pendant ce temps la sage femme recoud une déchirure superficielle. On me la remet sur la poitrine. Elle prend le sein mais ne tête, pendant 24h elle se contentera de ses réserves. Les accouchements à côté n’en finissent plus, nous entendons des femmes hurler, des bébés pousser leur premier cri. On m’oublie en peau à peau, je reste un peu plus de trois heures en salle d’accouchement avec ma jolie chérie ! Même cette petite bosse, je la trouve craquante, elle disparaîtra au bout de 24h.
J’ai eu une chance folle mes accoucheuses n’avaient pas eu d’enfant mais se mettaient si bien dans ma peau, me proposant de me relever, de m’asseoir, de me mettre sur le côté.